Le sentiment d’impuissance face à une personne qui a besoin d’aide mais qui la refuse.

Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’être face à un proche qui souffre d’une maladie psychologique et/ou physique et qui refuse d’être aidée?

Je suis confrontée à cela depuis plusieurs mois. Quelqu’un de mon entourage proche souffre d’anorexie depuis de très nombreuses années. Elle est aussi atteinte d’une maladie physique qu’elle a choisie de laisser progresser sans prendre les traitements recommandés. En plus de refuser une quelconque médication, elle refuse aussi toute opération. Et elle a été prévenue à plusieurs reprises qu’un jour il sera trop tard.

La personne qui l’aide, un proche parent est comme emprisonné.

Il tient comme il peut mais souffre terriblement de la voir se laisser sombrer, n’écouter aucun conseil, refuser soins, médicaments, nourriture...

Je l’ai découvert aussi comme se sentant dans le devoir de veiller sur elle, de refuser de sortir en soirée pour respirer parce qu’elle réclamait sa présence par peur d’être seule.

Face à la détresse de ces deux proches, j’ai fini par être envahie d’un sentiment d’injustice, de colère et de profonde tristesse. J’ai ressenti beaucoup d’anxiété, j’en ai même fait des cauchemars. Voir ce proche s’enfermer dans cette spirale de culpabilité, de responsabilité qu’il s’incombe; voir cette personne malade imposer à son aidant d’être sans cesse là pour elle mais refuser d’aller mieux, c’est pour moi comme le priver de sa liberté et lui imposer de souffrir avec elle.

Et lorsque je suis face à cela, lorsque je lis dans le regard de l’aidant une porte de prison fermée qui rêve de s’ouvrir, j’ai moi-même un sentiment d’enfermement et c’est quelque chose que je ne supporte pas. Tout mon corps a alors envie de réclamer une délivrance pour l’autre, à grands cris. J’ai envie de crier que les clés ne sont pas loin et qu’il n’a pas le droit de se laisser aller lui aussi, de refuser de les saisir.

Le droit et le choix sont deux choses qui m’ont beaucoup interpellées ces derniers temps.

Alors que je travaillais sur ma mission d’artiste qui est de nous faire traverser la souffrance humaine, je débriefais avec mon coach et je lui parlais de cette épreuve. J’étais bouleversée. Je lui disais que j’avais l’impression de ne pas être à la hauteur de ma mission, que je n’arrivais pas à avoir d’impact. Quand il m’a demandé pourquoi, je lui ai répondu que le refus de cette personne de me parler, le rejet, son désir de traverser la souffrance de cette façon me mettait face à un sentiment d’échec et d’impuissance. Et que j’avais l’impression de peindre pour rien. Et sa réponse a été libératrice pour moi: « Solène, c’est son choix. Elle a le droit de choisir ce qu’elle veut faire de sa vie, toi tu veux sauver mais ce n’est pas ton travail ».

(Oui mais elle bousille aussi la vie de son aidant! ai-je pensé en moi-même), ce n’était pas faux, mais là aussi l’aidant fait ses propres choix.

Et là j’ai compris. J’ai fondu en larmes.

J’ai répondu « Ça y est je viens de comprendre, je dois juste faire mon travail, peindre ce que j’ai à peindre et ne pas chercher à savoir ce que cela va produire sur l’autre. Ce que cela provoquera chez l’autre, c’est son histoire ». Il y a un Sauveur capable de sauver, ce n’est pas mon rôle.

La colère, le sentiment d’injustice et de tristesse sont encore au fond de moi, mais j’apprends à me distancer de tout cela.

Je n’ai pas encore compris pour qu’elle raison elle choisit la mort alors que j’ai choisi la vie. Pourquoi je me bats et pourquoi elle ne se bat pas.

Je sais juste que l’anorexie est complexe comme d’autres pathologies. Et que certains trouvent au travers de la souffrance qu’ils s’infligent, un moyen de se sentir encore vivant.

Est-ce que toi aussi tu as déjà ressenti ces sentiments y compris celui d’être impuissant?

Si c’est ton cas, j’aimerai juste t’encourager à prendre du recul et à considérer que chacun fait ses propres choix. Tu n’es pas responsable des choix des autres. Tu peux aimer, proposer ton écoute, ton aide même si tu te heurtes à un refus, mais par contre, ne compense pas ce que la personne refuse de faire parce qu’elle ne va pas bien. La personne malade ne doit pas avoir de bénéfice d’être en souffrance. Aide-la si elle fait tout ce qu’il faut pour se faire soigner mais ne fais rien pour compenser si elle ne s’aide pas elle-même. Ne t’investi pas trop jusqu’à en faire un objectif de vie car la personne est seule à devoir prendre la décision de se faire soigner, si elle en est encore en capacité.

Protège-toi, prends soin de toi!

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